Récits de voyage en Perse (3e épisode)   17 comments


… De  la Russie, à vrai dire, il n’y a pas grand-chose à relater ; en 2 lignes on peut décrire le pays.- Immenses plaines à perte de vue et pendant des kilomètres sans voir une habitation ni habitant.  Le pays est morne, triste et semble bien pauvre.-  Une remarque aussi au sujet des mœurs de la Russie, c’est dans tout le pays, tout voyageur emporte des oreillers, couvertures et des verres en masse.Ils ne meurent pas de faim les Russes qui voyagent !

Ici, commence des sapinières et cela continue ainsi jusque Rostoff.  Les habitants de cette contrée paraissent bien malheureux ; hommes et femmes sont en loques, ces dernières marchent pieds nus, exceptés le dimanche, jour où elles chaussent des bottes jusqu’aux genoux.- 
Ici, comme ailleurs, la propreté est inconnue.Nous arrivons à Woroschla à 9,50 heures du soir et après avoir soupé au buffet de la gare, nous repartons pour Karkhoff où Madame Delvroye, notre compagne de voyage, espère retrouver son mari, venu à sa rencontre.-
Nous arrivons à Karkhoff le mardi 14 septembre à 7 ½ heures du matin.  Nulle part, nous ne découvrons Mr Delvroye. Notre amie nous propose d’aller à l’hôtel Prosper où son mari est descendu lors de son dernier passage, dans cette ville. 
L’intérieur de la gare ressemble étrangement à un bivouac de bohémiens.  Partout de moujiks (paysans) par terre, hommes, femmes et enfants sont vautrés pèle-mêle au milieu des bagages de toute sorte, et, de ce camp, s’échappe une puanteur telle qu’il est nécessaire de nous boucher le nez pour faire la traversée.  Je ne sais à quoi comparer cette odeur, elle n’a pas de nom, mais elle est écœurante, insupportable et l’on gagnerait plus facilement le mal de mer qu’en naviguant sur la Caspienne, dont je dirai quelques mots plus loin.
Nous prenons une voiture et en route pour l’hôtel Prosper.  En chemin, nous rencontrons plusieurs régiments d’infanterie revenant des manœuvres.- Les soldats semblent être  très braves, endurants à la fatigue, mais, sabre de bois ! qu’ils sont sales ! Si les dames françaises voyaient dans cet état les fidèles  alliés de leur pays, quelle désolation, bon dieu ! Je n’ai qu’une personne française auprès de nous, appelée à résider en Russie et elle trouve que c’est une horreur ! .-  Que nos lignards sont propres à côté de cela.
Enfin, nous voilà à l’hôtel où nous nous mettons aussitôt à table.  Quel bon repas, une cuisine toute française,  des filets comme chez nous et le tout servi par un garçon parlant français.-  Nous nous croyons en face de la gare Saint-Lazare.-  Quelle joie de trouver tout cela dans cette partie la plus pauvre de la Russie d’ Europe.
Les habitants sont croyants à être fanatiques ; pas un ne passe devant une église sans se prosterner et se signer trois fois.  C’est très curieux ces coutumes, ainsi dans les églises on voit les gens rester fort longtemps à genoux, le front contre les dalles.

Nous reprenons le train à midi et demi et filons sur Losomaga, cette fois en compagnie de plusieurs officiers russes venant de Saint-Pétersbourg et allant en Crimée.  Ils parlent tous français  et s’entretiennent volontiers avec nous.  Nous arrivons à Losomaga à 4 heures de l’après-midi et nous prenons d’assaut le buffet pour acheter des provisions.-  Quand on voyage en Russie, ce que l’on a de mieux à faire pour se nourrir c’est de manger aux buffets des gares.-  On y trouve toujours des poulets et des canards rôtis, à des prix raisonnables ; nous sommes ainsi exclusivement nourris depuis notre départ de Varsovie jusqu’à notre arrivée à Bakou. – Jugez si nous en avons mangé des volailles.- Quelle hécatombe !   Malheureusement, ces volatiles sont très petits ici, pas beaucoup plus grand que nos pigeons.-  Impossible de manger des pigeons en Russie quoiqu’il y en ait beaucoup, mais les Russes les conservent comme un oiseau sacré et ne les tuent pas. 

Nous partons pour Konstantinosha, but du voyage de notre charmante compagne de route et nous y arrivons à 10 heures du soir.-  Il y a dix minutes d’arrêt, le temps de descendre avec Mme Delvoye et de chercher son mari sur le quai. – Des dattes, comme on dit aux Batignolles, pas de Mr Delvoye à trouver.- Que faire ?  Je ne puis pourtant abandonner au milieu de la nuit une femme seule dans un endroit où il n’y a que la station sans moindre habitation.- Bah ! Adolphine consent à sacrifier un jour, ce sera notre premier repos et nous décidons de  laisser partir les bagages seuls.-  Le train siffle et le voilà parti…

Publié 31 mai 2009 par josydhoest dans Emotions

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17 réponses à “Récits de voyage en Perse (3e épisode)

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  1. Bonjour !peanuts? je réagis comme toi..j\’imagine josy enthousiaste déchiffrant ces trésors là et cette plume sur le papier contant patiemment et avec ferveur ses impressions ..un mot fabuleux d\’évocations que celui de "carnets de voayages"je viendrai les lire en détails en prenant le temps ..

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  2. Pipoune un tit effort ! Le 6e épisode vient d\’être mis ! Allez, je sais qu\’une chansonnette de Pierre Perret t\’a bien inspirée ! Donc t\’\’es pardonnée Bizzz

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  3. et on continue le voyage avec Jules et Adolphine……………..Si c\’était une bonne fourchette…heureusement qu\’i avait les buffets de gare et les poulets….Me tracasse pour Mme. DELVOYE……………..

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  4. Quel voyage tu nous fais faire, au travers de ces anciens écrits….

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  5. Au fur et à mesure, on a l\’impression que cela devient plus pénible, et puis l\’environnement, l\’ambiance, les soldats…Oui, il n\’est pas très tendre dans sa description quant aux gens…..Etonnant par contre, son attention et sa courtoisie pour Madame Delvoye….A plus tard j\’espère – pour le 4e épisode – (si mon ordi ne se plante pas pour de bon….) Bisous à toi Josy.

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  6. e le trouve bien peu aimable avec la population locale ! Trop bien élevé, trop délicat ! Mais il n\’avait donc pas peur d\’inquiéter ceux qu\’il avait laissés derrière lui ?

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  7. …ça se confirme…l\’oncle devait être "une bonne fourchette"! Mais aussi, un gentleman! Pas question d\’abandonner la belle voyageuse!!! Pourvu qu\’on retrouve ce Mr Delvoye!

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  8. Mais où est passé monsieur Delvoye ??? J\’espère qu\’il n\’a pas disparu dans les immensités russes…Et quel contraste entre le hôtels, les trains et la misère des gens………….La révolution se situe quelques annéesplus tard, non ??

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  9. On a vraiment l\’impression de faire parti du voyage maintenant.Nous attendons la suite avec impatience, surtout n\’arrête pas de nous régaler de ce récit.Bisous et très bonne soirée ma Josy.

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  10. zut j\’ai loupé le 2 ,je vais aller dans tes archives…..tu dois te régaler toi à lire tout ça…..c\’est marrant je t\’imagineassise par terre dans un grenier devant une énorme malle ouvertea tes pieds divers objets poussiéreux et jaunisdes pages, des vieilles dentelleset une odeur de vieux papierset toi lunettes sur le nez…perdue dans le passé….

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  11. Super ma chère Josy. Je continue le récit avec grand intérêt. Très bonne idée, je je répète, que celle de nous faire partager cette correspondance.BIEN LE BONJOUR DANS TA MAISONNÉE

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  12. Un récit tres instructif .Les anciens écrivaient beaucoup et détaillaient tout .Nous avons l\’impression de faire le voyage avec eux .Merci encore josy de nous faire partager ces moments .Bisous

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  13. on vit vraiment la Russie de l\’époque en direct, en fermant les yeux de par le récit on imagine très bien les paysages c\’est comme si nous étions du voyage !bisesjoce

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  14. L\’extrême pauvreté et la misère des gens semblaient être partout dans ce pays.Pat

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  15. On a vraiment l\’impression d\’être aux côtés de tes oncle et tante. Comme tu le disais, la nourriture a grande importance pour eux, mais je pense que c\’est le propre du voyageur qui passe de longues heures dans un train ( notre comportement dans un avion long courrier est identique ), les repas rompent la monotonie. La description de la Russie à la fin du XIX° siècle est conforme à l\’idée que l\’on peut s\’en faire à travers certains romans russes. Vite, vite la suite….. Encore merci à toi

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  16. autre époque ,autre mentalité!! évidemment les russes étaient très pauvres!! n\’avaient pas de déo et autres ! nous on réagirait autrement ! mais c\’est déjà si loin tout cela et très intéressant!! bisous josy!!

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  17. Merveilleux ces documents d\’époque retrouvés, superbe découverte.

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